Jean Spinette



Carte Blanche

 

Bruxella delenda est !

La publication de la loi fusionnant les zones de police bruxelloises au Moniteur belge de ce 22 juin marque t-elle en réalité une étape dans l’affaiblissement de Bruxelles en tant qu’entité politique autonome ?

Il faut détruire Bruxelles ! pourrait dire Bart de Wever, si féru de références romaines. La destruction ou à tout le moins le démantèlement de Bruxelles et la mise sous tutelle de son destin reste en effet l’objectif du nationalisme flamand. Mais celui-ci y met les formes et a évolué. Plus question de « België barst ». Désormais on consent au maintien d’une coquille Belgique au seul bénéfice de la Flandre. Pour ce faire la NVA avait besoin d’un allié côté francophone. Hypnotisé par les arguments-prétexte de « rationalisation » « modernisation » le MR a accepté de faire la courte échelle aux nationalistes flamands pour prendre la maison Belgique. Une fois passé le mur, nul doute que le MR se rendra compte de l’erreur historique qu’il aura commise. Mais il sera trop tard.

Rien de tel que l’invocation de la rationalisation pour avancer et convaincre. Sur la fusion des zones de police, sur la réforme du chômage, il est de bien entendu qu’il n’y a rien de là de communautaire. Et pourtant. La réforme du chômage consacre une « communalisation » des mécanismes de solidarité. Ce sont sur les territoires les plus pauvres que reposera désormais l’aide aux exclus du chômage. Qu’on regarde la carte de la réforme. La Flandre n’est pas touchée. C’est Bruxelles et la Wallonie qui sont touchées. C’est une réforme de l’état qui n’en a pas le nom. Et la NVA en convient désormais publiquement.

Une partie de l’opinion publique francophone, en théorie attachée plus que d’autres à la Belgique, s’est convertie à Bart De Wever. Le dernier sondage donne Bart De Wever deuxième personnalité la plus populaire …à Bruxelles ! Il a suffit de parler de bonne gouvernance, économies budgétaires et rationalisation et bon sens pour convaincre de réformes qui attentent notre social-démocratie.

La fusion des zones de police, imposée à Bruxelles, proposée à qui voudra ailleurs, n’échappe pas à cette logique. On prétexte une masse critique d’habitants et d’agents à atteindre pour être efficace. Il se fait que cette masse critique est déjà atteinte. Chacun en convient, le Ministre de l’Intérieur aussi, c’est le sous-financement structurel des polices bruxelloises et de la police fédérale est la vraie cause des problèmes. Mutualiser la pénurie semble être la solution. On enlève aux communes, pierres angulaires de la construction étatique en Belgique, le levier de la proximité. On étend déjà chez de nombreux partis flamands et même au MR la prochaine nécessité d’un jour faire correspondre la nouvelle carte de la zone de police unique avec la région, sans les communes, là où les mécanismes institutionnels consacrent une surreprésentation des néerlandophones à Bruxelles. Qu’on ne s’y trompe pas. L’absence d’un gouvernement bruxellois n’était pas l’échec du modèle bruxellois mais du modèle de surreprésentation de l’intérêt des partis flamands à Bruxelles au nom de la représentation des bruxellois parlant flamand. C’est la double majorité qui a empêché la composition rapide d’une majorité bruxelloise.

Bruxelles serait malade, et l’on pointe le sans-abrisme et les migrants comme meilleure exemple d’une non-gestion. Mais c’est la aussi le fédéral qui sous-investit délibérément dans l’accueil, concentrant les migrants en errance dans les rues de la capitale. Et cela permet ensuite de rendre responsable Bruxelles des problèmes fédéraux non-résolus qu’on lui impose.

Ironie de l’histoire, à la veille du bicentenaire de la Belgique c’est un orangiste qui est aux manettes du 16 rue de la Loi. Il ne s’en cache d’ailleurs pas, multipliant clins d’œil et références aux Pays-Bas lorsqu’ils recouvraient la Belgique et les Pays-Bas actuels. On notera aussi la tentative de faire glisser vers la Flandre l’aura internationale de Bruxelles à l’occasion du sommet européen qui s’est tenu en début d’année dans le Limbourg à Bilzen-Hoeselt.

A bas bruit la NVA poursuit le chantier de flamandisation des structures de l’état belge. Qu’on ne soit pas surpris. Et on se rappellera que l’accord de gouvernement prévoit une réforme de la Constitution « Au début de la législature, le premier ministre établira une liste provisoire d’articles de la Constitution à réviser. Cette liste fera l’objet d’une annonce au Sénat et à la Chambre. À tout le moins, cette liste comprendra l’article 195. (Relatif à la révision de la Constitution.) A la fin de la législature, la liste pourra être complétée par les articles nécessaires, notamment sur la répartition des pouvoirs. » Et en créant des situations budgétaires et politiques difficile, la NVA met les francophones en position de demandeur de refinancement en contrepartie d’une réforme de l’Etat.

Bart De Wever voue une grande admiration à l’empereur Auguste, qui, tout en conservant les apparences de la République romaine, bâti en réalité un état impérial. Dans cette logique, que Bart De Wever conserve les formes de la Belgique pour couvrir un état flamand n’est pas une surprise.